Discours de Jean Monnet
-Extraits-
" Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes. "
Discours, Washington, 30 avril 1952.
" Cette union européenne ne peut pas se fonder seulement sur les bonnes volontés. Des règles sont nécessaires. Les événements tragiques que nous avons vécus, ceux auxquels nous assistons, nous ont peut-être rendus plus sages. Mais les hommes passent, d’autres viendront qui nous remplaceront. Ce que nous pourrons leur laisser, ce ne sera pas notre expérience personnelle, qui disparaîtra avec nous ; ce que nous pouvons leur laisser, ce sont les institutions. La vie des institutions est plus longue que celle des hommes et les institutions peuvent ainsi, si elle se sont bien construites, accumuler et transmettre la sagesse des générations successives. "
Discours, Strasbourg, 11 septembre 1952.
" Au cours du voyage que nous venons de faire aux Etats-Unis un journaliste m’a demandé : 'cette Europe que vous êtes en train de faire, elle résulte de la pression soviétique ! ' J’ai dit : 'Non, l’Europe que nous sommes en train de faire n’est pas le fruit de la crainte. Elle est le résultat de la confiance que nous avons en nous-mêmes et de la certitude que si, enfin, les Européens comprennent ce qu’il y a chez nous de qualités communes et de capacité, nous établirons un monde occidental qui apportera à la civilisation tout entière, à la paix, à l’Amérique, à la Russie une sécurité qui ne pourrait pas être obtenue d’une autre manière'. "
Discours, Strasbourg, 15 juin 1953.
" Notre Communauté n’est pas fermée, elle est au contraire ouverte de toutes manières. Nous ne sommes pas autarciques [ …] et nous ne sommes pas fermés du point de vue de l’objectif final à poursuivre. Cet objectif final a été indiqué dès le premier jour lorsque M. Schuman a fait sa déclaration du 9 mai 1950 et lorsque le traité [de la CECA] a été signé en 1952. L’objet final est d’éliminer les barrières entre les peuples d’Europe ; il est de réunir ces peuples en une même communauté. "
Discours, Strasbourg, 15 juin 1953.
" Quand on regarde un peu en arrière et que l’on voit le désastre extraordinaire que les Européens se sont causés à eux-mêmes, [ …] on est littéralement effrayé. Cependant, la raison en est simple, c’est que chacun, au cours de ce siècle, a poursuivi sa destinée, en appliquant ses propres règles. "
Conférence, Bruxelles, 30 juin 1953.
" Nous n’avons que le choix entre les changements dans lesquels nous serons entraînés et ceux que nous aurons su vouloir et accomplir. "
Discours, Strasbourg, 12 mai 1954.
" La caractéristique de la méthode que nous suivons, c’est de mettre en commun les ressources de nos pays ; c’est d’avoir établi des institutions communes auxquelles ont été consentis par les parlements nationaux des transferts de souveraineté et accordés des pouvoirs de décision ; c’est d’agir suivant des règles communes s’appliquant à tous sans discrimination. "
Discours, Strasbourg, 20 mai 1954.
" Les six pays ont commencé par la mise en commun de leurs ressources. [ …] Pour ce faire ils ont établi des règles qui sont les mêmes pour tous et des institutions communes auxquelles les Etats et les Parlements nationaux ont consenti une délégation d’autorité. Cette méthode est tout à fait nouvelle. Elle aboutit à des décisions communautaires grâce à un dialogue permanent entre une Commission européenne et un Conseil où siègent les gouvernements nationaux. A mesure que les Européens se rendent compte que les questions économiques affectant leur vie quotidienne ne se posent plus que dans le cadre de l’Europe, la vue qu’ils prennent du développement de leur pays et de l’Europe change. "
Résolution du Comité d’action, Berlin, 9 mai 1965.
" [ En 1952] , je savais surtout que l’exemple que nous donnions [ …] aurait une signification qui dépassait de loin la CECA et durerait plus longtemps qu’elle. Si nous réussissions à apporter la preuve que des hommes appartenant à des pays différents pouvaient lire le même livre, travailler sur le même problème avec les mêmes dossiers, et rendre inopérantes les arrière-pensées, inutiles les soupçons, nous aurions contribué à changer le cours des rapports entre les nations. "
Mémoires, Fayard, 1976, p.452.
" S’il faut beaucoup de temps pour arriver au pouvoir, il en faut peu pour expliquer à ceux qui y sont le moyen de sortir des difficultés présentes : c’est un langage qu’ils écoutent volontiers à l’instant critique. A cet instant où les idées manquent, ils acceptent les vôtres avec reconnaissance, à condition que vous leur en laissiez la paternité. Puisqu’ils ont les risques, ils ont besoin des lauriers. "
Mémoires, p.273.
"S’il n’est pas toujours utile de dire tout à tous, il est indispensable de dire à tous la même chose. La confiance est à ce prix, et je n’ai jamais rien obtenu, ou du moins tenté d’obtenir, sans la confiance. "
Mémoires, p.488.
" Quand on est déterminé sur l’objectif que l’on veut atteindre, il faut agir sans faire d’hypothèses sur les risques de ne pas aboutir. Aussi longtemps que vous ne l’avez pas essayée, vous ne pouvez pas dire qu’une chose est impossible. "
Mémoires, p.373.
" Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et la Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain. "
Mémoires, p.617.
|